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INTERVIEW Young Gods Rencontre avec les Young Gods au Dahu festival à la Chaux-de-Fonds (NE) Fondé par Franz Treichler, ce groupe suisse télescope allégrement sonorités rock, métal et électro. Ces jeunes dieux, qui fêtaient leurs vingt ans en 2005, ont l’habitude de créer les modes plutôt que de les subir, influençant la scène rock mondiale de Nine Inch Nails à Marilyn Manson ou Noir Désir. C’est dans un mobil home faisant office de loge, à la lumière blafarde d’un néon, que les Young Gods nous ont fait partager leur univers pour le moins éclectique. Une interview aux antipodes de la promo calculée, où de la bouche même du chanteur: «on ne parle pas juste de bière et de musique.» Par Aude Curot Vous finissez la tournée XXY pour vos 20 ans. Les concerts que vous faites maintenant sont un prolongement de votre tournée précédente ? Franz : En fait, 2005 était l’année des 20 ans, mais on continue de façon assez sporadique. On a de bonnes opportunités. La France, c’était sympa de le faire. Il y a le Japon qui se prépare, deux trois festivals cet été, Moscou, la Suède. Bernard : C’est aussi la tournée du Best off. Il vient de sortir au Japon, c’est pour ca qu’on a une date là-bas. Vous avez un nouvel album en préparation, dont des morceaux inédits, comme « Secret », sont intégrés dans votre tournée. Franz : Oui, il n’est pas fini encore. Le but serait de le finir pour la fin juillet. Et ensuite faire un peu de porte à porte auprès des maisons de disque et qu’il sorte pour la fin novembre. Quand vous dites « porte à porte » auprès des maisons de disques, ca signifie que vous n’avez pas de label fixe ? Franz : Non. Les deux tiers du catalogue sont chez un label belge et le reste chez un label français. On a déjà des possibilités mais quand tu arrives avec cinq morceaux, les gens sont hésitants, ils marchandent. On veut trouver un label qui ait envie de se lancer là dedans. Dans les années nonante, vous aviez pourtant signé avec un label américain ? Franz : Oui en 95. C’etait la période des fusions entre les grandes majors. Et on s’est retrouvé sur un catalogue d’une centaine d’artistes et tous ceux considérés comme ne vendant pas assez ont été éliminé. Et on faisait partie de ceux là. Par contre, ils ont été royaux, ils nous ont laissés tranquillement partir avec une ardoise. (rires) Ils avaient flashés sur un de nos albums, « TV Sky », qui était assez rock. Et pour celui qu’on leur a délivré juste après, « Only Heaven », ils étaient là : « Mouais, c’est bien, mais c’est vachement européen ». Bernard : Alors qu’il avait été travaillé, enregistré, mixé à New York. C’est sûrement le plus américain des albums des Young Gods. Sans que ce soit stipulé dans le contrat, ils s’attendaient à ce qu’on reste dans le même style que TV Sky, pas à une rupture comme Only Heaven. Je ne vais pas vous faire le coup du « 20 ans, l’heure du bilan ». Comment envisagez-vous les 20 prochaines années ? Franz : Alors là, c’est difficile. On a des plans jusqu’à grosso modo fin 2007. Là, il y a l’album qui va sortir, ensuite, ce sera la tournée, mais tu ne vas pas beaucoup plus loin. Bernard : Déjà, tu ne sais pas comment l’album va marcher. Parallèlement, on a développé pas mal de projets en plus du trio rock. Notamment une collaboration avec l’anthropologue Jeremy Narby sur l’Amazonie. Une version symphonique qui s’est joué à Montreux. Un projet annexe qui s’appelle Aquanaute, on joue de la musique avec des projectionnistes. Et enfin, un autre qui s’appelle Woodstock. Mener tous ces projets différents, ca ne complique pas les choses pour la création, pour garder le fil rouge du trio ? Bernard : Non, au contraire. On a pas mal de musique en nous, et ça nous donne des vecteurs différents pour les exprimer. Le coté ambiant avec le projet de Jeremy Narby, et du coup, on va straight rock dans le nouvel album. Plutôt que d’essayer de tout mettre dans le même panier, vu qu’on a pas mal de ch oses dans la tête, on gagne en qualité. Franz : C’est des projets qui donnent des idées différentes. Comme le projet Woodstock, on a des invités qui apportent des idées qu’on n’aurait jamais eues. Comme avec Narby, on a pu explorer le côté ambiant qui n’aurait pas sa place en concert ou même en club. C’est pas très intéressant de regarder trois gaillards derrière des ordis. Je pense que c’est complémentaire. Pour l’instant, on a décidé de se concentrer sur les activités des Young Gods exclusivement, l’album, les concerts. Vous n’êtes pas les seuls à fêter votre anniversaire, il y a Depeche Mode aussi, pionniers dans leur style. Franz : Oui, je les écoutais avant de faire les Young Gods. Ils sont encore créatifs, ils prennent des risques. Ils ne sont pas sur un catalogue de morceaux qui marchent, à refaire tout le temps la même chose. Vous avez influencé la scène rock, de Noir Desir à Nine Inch Nails en passant par Marilyn Manson. Sur la scène suisse actuelle, qui considérez-vous comme susceptibles d’assurer la relève ? Franz : Un groupe que j’aime beaucoup, les Lauschangriff de Zurich. Ils font une espèce de fusion, un peu influencée par les années septante, avec une chanteuse black. Truffaz joue sur deux morceaux. C’est parfois très métal, d’autre fois très acoustique. Dans un registre très extrême, un groupe de genevois, Knut, très bruitiste. Ils viennent du metal, mais ils sont de plus en plus dans des trucs textures, avec des morceaux plus instrumentaux. Ils sont en train d’acquérir une reconnaissance internationale dans leur domaine. Dans le projet Woodstock, on a invité Erika Stucky, une artiste zurichoise, qui vient du jazz et du blues. Elle se produit sur scène avec un tubiste et un tromboniste. Il y a aussi les Velma de Lausanne, très particuliers mais sans concession, avec un univers bien a eux. Tu ne sais pas si tu vas voir un concert ou une pièce de théâtre. Il y a aussi MXD, à Lausanne, qui sont dans la niche rock industriel. Bernard : Steamboat Switzerland, un groupe qui se produit avec une basse, un orgue hammond et une batterie. Assez hallucinants grâce à un mélange détonnant : ils empruntent autant au hard rock, au free, qu’à la musique contemporaine. On nous présente une scène musicale rock assez fade en suisse. Franz : Oui, pas mal de groupes jouent à la brit pop, à la çi, à la ça… C’est vrai que beaucoup de groupes plus expérimentaux ont beaucoup plus de mal à se faire entendre, considérés comme pas assez radiophonique. Déjà que nous, nous sommes à la limite du radiophonique. Vos textes sont en interaction avec le réel, comme la chanson « Child in the tree », qui fait référence à un fait divers sordide à l’époque de la scène ouverte de la drogue à Zurich ¹. Votre projet actuel avec l’anthropologue Jeremy Narby sur l’Amazonie contient lui aussi une dimension politique. Qu’est ce qui vous donne aujourd’hui envie de distribuer des lucidogènes, la drogue que vous imaginez rendant les gens lucides au lieu de les abrutir ? Franz : C’est le fait que beaucoup de gens capitulent, ne prenant pas assez conscience que par des petits gestes du quotidien, il est possible de réagir comme de s’opposer au tout économique. Une participation citoyenne, une prise de conscience, que beaucoup de gens ne font même pas l’effort de faire, soit par paresse, soit par dépit. « Child in the tree » est l’exemple type d’un évènement qui me choque et que je dois transformer, le rendre presque positif. La chanson est presque onirique contrastant avec la violence du fait divers. Par contre, une chanson comme Lucidogène est plus frontale. Amazonia est peut être plus direct car c’est une conférence. Mais je n’aborde pas les choses directement dans mes textes. Je préfère utiliser la force de suggestion des mots et des sons. En faisant la relecture de Woodstock aujourd’hui, j’avais en tête la situation socio-politique de la fin des années soixante. Un contexte de guerre du VietNam provoquée par les USA pour des raisons politiques mais aussi économiques. On se retrouve maintenant dans une situation simi laire avec l’Irak. Ca m’intéresse de confronter la manière de réagir de la génération des 60’s et comment nous réagissons aujourd’hui. C’est l’apathie générale qui me donne envie de pousser les gens à se poser des questions. Bernard : Il y a une chose qu’on oublie depuis la Suisse, c’est que le peuple a le droit de dire non, comme il l’a fait en France récemment. C’est tout de même extraordinaire, ici, on n’a même pas le droit de grève. Le peuple est parvenu à faire reculer le gouvernement. On a tous ce pouvoir là. On peut décider de ne plus boire de Coca-Cola, et ils seront obligés de faire autre chose, autrement. A l’époque de Woodstock, cette prise de conscience existait, alors qu’aujourd’hui, chacun se plaint dans son coin, de manière individualiste alors qu’on a les moyens d’agir. Une question sur le nerf de la guerre : la bouffe. Est-elle bonne sur les festivals ? Bernard : Garder une régularité est difficile. On est tributaire de l’heure à laquelle on arrive, de celle à laquelle on joue. Pas facile de garder une hygiène de vie, une énergie en fait. Si tu manges mal, tu dors mal, tu deviens nerveux, et l’ambiance se dégrade. Cela mérite qu’on y réfléchisse. Franz : Les choses ont terriblement changé en 20 ans. A l’époque si tu étais végétarien, c’etait salade de riz tous les jours. Vous êtes végétarien ? Franz : Oui, je le suis devenu à force de manger des cuisines différentes tous les jours, j’ai eu des problèmes d’estomac. J’ai été végétarien strict pendant 10 ans et maintenant je compense parfois. De nombreux chefs de cuisine sont mélomanes, est-ce que l’inverse est vrai ? Voyez-vous des rapports entre cuisine et musique ? Franz : je compare souvent la musique à l’art culinaire ou à la peinture, car c’est un assemblage de choses différentes, qui toutes s’influencent. Le résultat change si tu ajoutes une couleur ou de l’aigre doux. Surtout pour nous, qui ne nous bornons pas à un mélange basse, guitare, batterie. Alain, le clavier est très bon cuisinier et il rapproche volontiers les deux. En studio, c’est toujours lui qui nous fait à manger. Bernard : Et on se régale. Je comprends ce qu’il veut dire, mais mes papilles gustatives ont malheureusement été atrophiées. Je réagis beaucoup plus à l’ouie, qu’à tout autre sens. ¹Pendant une descente de police, un enfant s’est réfugié dans un arbre pour un shoot d’héroïne. Il n’a été retrouvé que dix jours plus tard, mort d’une overdose.
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